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Message officiel des autorités
Echallens – 1er août 2025
Chères Challensoises, Chers Challensois,
Chères Non-Challensoises, Chers Non-Challensois,
Comme mes filles ne pouvaient pas fêter le premier août ailleurs qu’ici cette année, elles ont fait venir tous leurs copains et leurs copines à Echallens, et à vous voir si nombreuses et nombreux, elles semblent avoir réussi leur mission.
J’en profite pour remercier ma famille pour avoir écourté nos vacances de deux jours afin que je sois présent devant vous ce soir.
Nous venons d’entendre le pacte fondateur de la Suisse où les habitants des trois vallées s’unissent et se promettent assistance mutuelle contre les autres. C’est le début de la patrie suisse, et du patriotisme suisse, cet attachement sentimental à sa patrie qui se manifeste par la volonté de la défendre et de la promouvoir. Mais ce côté « y’en a point comme nous » peut rapidement glisser vers une forme de nationalisme, la création d’une distance avec les autres, forcément moins bon que nous, voire d’un rejet.
Je préfère donc de loin évoquer le préambule de la Constitution Suisse de 1999 qui indique en substance que
« le peuple et les cantons suisses,
conscients de leur responsabilité envers la Création,
résolus à renouveler leur alliance
pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde,
déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité,
conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures,
sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres,
arrêtent la Constitution que voici. »
Ce texte est incroyablement dense et offre un menu de choix à un discours du premier août. Mais pour laisser de la matière aux futur-es présidentes et présidents du conseil, je ne vais évoquer que deux points.
D’abord l’« esprit de solidarité », que je vais lier à la notion d’engagement.
C’est une notion étrange que l’engagement, car elle nous pousse à faire quelque chose alors que rien ne nous y oblige. Ce n’est en effet pas une obligation légale, mais, au fond de nous, plutôt un devoir moral de le faire.
C’est quelque chose que nous faisons autant pour nous que pour les autres, c’est à la fois égoïste et altruiste.
Suivant les cas, l’engagement va être motivé par le souhait de rendre service, de contribuer positivement à la société, de se sentir utile, de défendre ses valeurs, de participer à une aventure collective.
Comment peut se matérialiser l’engagement ? Je suis sûr que parmi vous une majorité ont actuellement une telle forme d’engagement, car elle touche vraiment tous les domaines.
Au sein de votre famille, vous êtes peut-être « proche aidante » ou « proche aidant ». Et cela demande de faire des sacrifices. Lors de la législature en cours, deux collègues ont démissionné du Conseil communal pour pouvoir consacrer plus de temps, qui à sa maman, qui à son épouse.
Bien souvent ce sont nos enfants ou les enfants des autres qui nous poussent à nous engager. En lien avec une activité sportive ou culturelle, nous allons nous engager dans le comité du club ou de l’association ; comme monitrice ou moniteur ; ou simplement comme bénévole pour tenir la cantine lors d’un tournoi, d’un championnat ou d’une représentation. Dans le cortège emmené par la Lyre, se trouvent par exemple des musiciens chevronnés qui entourent les jeunes musiciens dans l’orchestre junior des Croqu’Notes.
A l’opposé du cycle de la vie, nous trouvons également beaucoup d’engagement envers nos ainées et nos ainés. En 2024, une nouvelle association « Chall’Ensemble » s’est d’ailleurs formée pour consolider une démarche entreprise par la Commune et qui proposent diverses activités régulières.
Son engagement peut aussi se faire pour la sécurité de la population, en faisant partie d’un des corps que nous appelons « feux bleus » ; soit de façon milicienne – du moins dans le Gros-de-Vaud – en étant pompier volontaire, soit de manière professionnelle, dans les corps de police ou des ambulances.
Finalement, je mentionnerai encore une forme d’engagement, qui a fait que je suis devant vous ce soir, c’est l’engagement politique. Dans le système politique suisse, les membres du législatif sont des miliciens. Même si ce n’est plus complètement vrai au niveau national, voire cantonal, je vous promets que ça l’est encore au niveau communal à Echallens. Nous sommes donc soixante conseillères communales et conseillers communaux, élu-es pour cinq ans, pour vous représenter. Et là, je pense que vous me voyez arriver avec mes gros sabots, car ça tombe bien, les membres pour la prochaine législature vont être élus en mars prochain, et la recherche des candidates et des candidats va s’accélérer dès la rentrée de septembre. Sautez le pas, rejoignez-nous !
Si vous vous êtes reconnues ou reconnus dans une ou plusieurs formes d’engagement, bravo à vous ! Sinon, j’espère avoir éveillé en vous l’envie de rendre service en se faisant plaisir.
Normalement, je devrais terminer ici mon discours, mais je vous avais annoncé vouloir traiter deux points du préambule de la Constitution, et ce deuxième point me tient tout particulièrement à cœur et concerne – je cite de nouveau le préambule – notre « devoir d’assumer (nos) responsabilités envers les générations futures ».
Lors du Sommet de Johannesburg en 2002, 10 ans après celui de Rio, Jacques Chirac disait déjà « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Vingt-trois ans ont passé, notre maison brûle exactement comme les modèles le prédisaient, et nous continuons majoritairement à regarder ailleurs. Comme disent Bigflo & Oli, « Qu’est-ce qui a changé, pas grand-chose ».
Le peuple suisse a voté en 2023 la loi sur le climat et l'innovation qui fixe l’objectif de net zéro d’ici 2050. La Commune d’Echallens s’est dotée en 2024 d’un Plan Climat communal avec le même objectif et une série de mesures, mais malheureusement ces mesures n’ont pas été quantifiées tant sur leur impact que sur leur coût. Nous nous sommes donné un but, ça s’est facile, mais maintenant il va falloir se donner les moyens et surtout avoir la volonté de les mettre en œuvre pour avoir une chance d’atteindre ce but.
Comme nous ne pouvons pas dépenser l’argent que nous n’avons pas, nous ne pouvons plus émettre plus de gaz à effet de serre que la Terre ne peut en absorber.
Je pense sincèrement qu’aujourd’hui chacun de nous savons que la production humaine de gaz à effet de serre a un impact sur le climat et que cet impact a des conséquences sur la biodiversité et sur l’espèce humaine elle-même.
Il nous faut donc faire le deuil de cette impunité. Et il parait que face à notre deuil, nous passons successivement par cinq étapes que sont le déni (« c’est pas vrai », « c’est un complot »), la colère (« écologie punitive », « on ne peut plus rien faire »), le marchandage (« à mon échelle, ça n’a pas d’impact », « la Suisse est un petit pays »), la dépression (« de toute façon on est foutu ») et finalement l’acceptation (« faisons attention et agissons en conséquence »).
Personnellement, j’oscille entre la dépression et l’acceptation qui débouche sur une volonté de m’engager encore plus pour que la Commune puisse faire face… à ces engagements.
Je ne sais pas à quelle étape de ce deuil vous vous trouvez, mais j’espère vous retrouver rapidement à la dernière étape pour construire ensemble le monde et la Suisse de demain.
Je vous remercie de votre attention et vous souhaite une excellente suite de soirée.
Et, comme le crie ma cadette depuis qu’elle s’est levée ce matin, « Bonne fête à la Suisse ! »
Hervé Delay Président du Conseil communal |